Le Père Alexandre Dorgère

Le Père Alexandre Dorgère est né à Nantes dans le quartier pauvre des ponts,  le 6 décembre 1855. Ses parents lui assurèrent une éducation chrétienne et de solides études qu’il termina au petit séminaire des Couëts. Là, il se lia d’amitié avec Joseph Lecron, le futur préfet apostolique du Dahomey.

«Je serai soldat ou prêtre», confia-t-il un jour à sa mère, et cela nous révèle le fond de son
caractère. Il prit la décision au retour d’un pèlerinage à Sainte-Anne d’Auray, à pied et mendiant son pain en compagnie de son ami Lecron et d’un autre futur missionnaire de Cochinchine. Il sera prêtre et même missionnaire. En 1879, il entre aux Missions Africaines de Lyon. Prêtre en 1880, il est envoyé en 1881 dans ce qui sera plus tard le Dahomey. Il appartient aux premières générations de missionnaires de cette région puisque les deux premiers, les Pères Borghero et Fernandez débarquèrent à Ouidah en Avril 1861. Nommé d’abord à la ferme école de Tocpo, il mit tant d’ardeur dans son travail que, 18 mois après son arrivée, il devait rentrer en Europe complètement épuisé.

Revenu, cette fois en territoire dahoméen, il rouvrait en 1884 la mission de Ouidah abandonnée depuis 10 ans. Il avait 10 francs en poche pour bâtir une église, une école, un dispensaire et une maison pour les religieuses. C’est l’époque de la conquête coloniale de la part des puissances européennes; le Congrès de Berlin se tient en 1884-1885 qui délimite les sphères d’influence. Dans cette région, la France a déjà obtenu un protectorat sur le royaume de Porto-Novo, contre les anglais installés à l’est au Nigeria, et elle essaie de s’approprier le royaume d’Abomey. L’Allemagne de son coté prend position dans ce qui deviendra le Togo. C’est dans ce contexte que travaillent ces premiers missionnaires : arrivés avant la conquête coloniale, ils passent d’une région à l’autre, dans ce qui deviendra, de l’est à l’ouest, le Nigeria, le Dahomey-Bénin, le Togo.
Le père Dorgère se fit vite des amis parmi le peuple, les simples, les petits, les pauvres, les esclaves, que sa charité et sa bienveillance attiraient, et aussi parmi les notables, les chefs, les féticheurs même... qu’il gagnait par sa franchise, sa loyauté, sa serviabilité et son courage.

En février 1890, avec tous les Européens de Ouidah, il est fait prisonnier par Béhanzin et emmené à Abomey. Relâché, il remonta à Abomey comme ambassadeur de la France pour traiter avec Béhanzin. Le père Dorgère en effet exerçait sur les hommes une véritable fascination par son mélange d’absolu désintéressement et de complète liberté d’âme et de cœur. Au cours de sa captivité, il s’était imposé à Béhanzin qui lui garda toujours son amitié. C’est pourquoi il fut choisi en 1890 par l’amiral de Cuverville commandant la flotte française au large des côtes d’Afrique occidentale pour diriger une ambassade auprès de Béhanzin roi d’Abomey et pour essayer d’éviter la guerre et l’annexion pure et simple de son pays, le Danxômê. Il joua alors un rôle de médiateur pacifique qui aboutit au traité du 3 octobre 1890. Entre Dorgère et Béhanzin naît une solide amitié.

Lors de la campagne de 1892, il était en France. Revenu au Dahomey, le père Dorgère est envoyé par son ami et préfet, le père Lecron, fonder une mission et une ferme école à Tokpli, sur le bord du Mono. À la suite de nombreuses vexations de la part des habitants et d’une rectification de limites entre le Dahomey et le Togo allemand, les pères de Tokpli se replient sur Athiémé. Quand les événements prirent définitivement une tournure belliqueuse, le père Dorgère se retira en 1895. Peu après, complètement épuisé, le père Dorgère  rentrait en France et s’installait à Porquerolles, en 1896, comme aumônier d’un sana militaire.

En 1898, il prenait en charge la paroisse Sainte Anne d’Évenos. Le 1er  février 1900, une roulotte de bohémiens s’arrêtait à Sainte Anne. Un gitan y mourait de la variole noire. Personne ne veut le soigner. Le père le soigna, l’assista à ses derniers moments, fabriqua son cercueil et l’enterra. Quelques jours plus tard, il est frappé par le même mal et meurt après dix jours de maladie. Cette maladie est alors si redoutée qu’il meurt presque seul et est inhumé quasiment à la sauvette.


(D’après le Père André Chauvin et M.Pierre Saulnier.)